Comment l'épidémie du "dragon jaune" menace les agrumes méditerranéens

Publié le 9 janv. 2023 à 07:25

  • Comment l'épidémie du "dragon jaune" menace les agrumes méditerranéens

Menace sur les oranges et citrons méditerranéens : en cas de présence combinée d'un insecte, déjà présent en Europe, et d'une bactérie asiatique dévastatrice pour les agrumes, ils courraient un "risque majeur" d'épidémie du "dragon jaune", avertissent des chercheurs dans une étude publiée dans la revue Frontiers.

Actuellement, cette maladie du Huanglongbing (HLB) est la plus meurtrière pour les agrumes dans le monde, selon le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), basé en France, qui a coordonné ces travaux publiés fin décembre.

Depuis les années 2000, elle a décimé les cultures de grands producteurs comme la Chine ou les Etats-Unis, contraints d'utiliser massivement antibiotiques et insecticides.

L'Europe était, jusque-là, épargnée par ce fléau. Mais une équipe de chercheurs a découvert qu'un minuscule insecte observé depuis cinq ans en Espagne et au Portugal, le psylle africain Trioza erytreae, était capable de transmettre la bactérie à l'origine de la forme grave du HLB.

Cette bactérie asiatique, baptisée CLas, est "celle qui fait le plus de dégâts, entraînant une mort très rapide des arbres", souligne Bernard Reynaud, auteur principal de l'étude et directeur d'une unité de recherche Cirad/Université de la Réunion, interrogé par l'AFP.

Les chercheurs pensaient jusque-là que la maladie dans sa forme "asiatique" pouvait être uniquement transmise par le psylle asiatique, Diaphorina citri, et que sa forme "africaine" ne pouvait être véhiculée que par le psylle africain, Trioza erytreae. Les deux insectes, en effet, appartiennent à des familles différentes.

L'équipe du Cirad, qui fait partie du consortium européen PRE-HLB de lutte contre la maladie, a donc comparé leurs taux de transmission sur l'île de la Réunion, seul territoire où cohabitent les deux espèces de psylles et la bactérie CLas.

Ces tests ont permis de démontrer que le psylle africain "était un vecteur aussi efficace" pour transmettre la bactérie asiatique, conclut Bernard Reynaud.

"Si la maladie asiatique rentrait (en Europe), on risquerait une pandémie importante", sachant que les moyens de lutte ne sont pas adaptés, prévient-il. D'autant que la bactérie CLas a été récemment repérée en Ethiopie et au Kenya, plus près que jamais du bassin méditerranéen.

Les chercheurs préconisent donc de renforcer la surveillance pour éviter l'introduction de matériel végétal contaminé (plants d'agrumes, greffes), avec du contrôle, d'éventuelles quarantaines, et de la détection précoce en cas de suspicion.