L'image avait choqué, on se disait qu'Idriss Déby était trop fin pour s'affubler d'une énième distinction militaire. Le félin de Berdoba franchit néanmoins le pas, celui de trop en accédant à la dignité de maréchal. Le titre ne porte pas bonheur en Afrique, certains observateurs y avaient vu un mauvais augure, ils avaient raison. Déby en ce mois d'août 2020 apparu tel un maréchal ivre de joie après avoir pacifié le tumultueux Tchad. Déby est mort comme il a vécu en chef de guerre. Il ne se voyait pas mourir grabataire, mais en combattant, en guerrier, en soldat. 


Rien ne prédestinait pourtant ce fils de berger au métier des armes. Il est vrai que le Tchad est un pays de guerriers du Nord au Sud et que les Zaghawa, le groupe ethnique de Déby sont particulièrement redoutables. Doué pour les sciences, il opta après son bac pour l'armée, après son passage à l'école de formation des officiers, le GEMIA de N'Djamena, il obtint sa licence de pilote en France. 


A la même période, le Tchad est agité, le général Malloum Félix a pris le pouvoir après l'assassinat du président Ngarta Tombalbaye, le père de l'indépendance, un sudiste comme lui. La présidence de Malloum est néanmoins contrariée par des rébellions dirigées par des leaders nordistes qui estiment leurs régions marginalisées. Après Malloum, Goukouni Oueddeye et Hissen Habre tous deux nordistes prendront le pouvoir. Déby se rangera aux côtés de Habre, il deviendra assez rapidement son bras droit. Déby apparaît comme un homme froid, réfléchit, posé mais aussi un chef militaire courageux et compétent. Proche de la troupe, la popularité de Déby agace Habre qui l'envoie en études à l'école de guerre de Paris. A son retour, Déby n'a plus beaucoup d'influence dans un système Habre devenu ultra répressif et paranoïaque. En 1989, Déby et son ami Hassan Djamous tentent un putsch qui échoue. Fuyant pour rejoindre la frontière soudanaise à l'est, Djamous est capturé par les forces de Habre qui l'exécutent. Déby lui réussira à rejoindre le Soudan. 


En décembre 1990, Déby entre au Tchad avec une colonne armée. Les combats s'engagent, il en sort vainqueur et Habre s'enfuit. De cette période, celui qui était alors colonel va s'échiner à renforcer son pouvoir en y intégrant sa parentèle. La gestion autocratique du fils d'Itno provoque des mécontentements, qu'ils soient civils ou militaires Déby plie mais ne rompt pas. Un exemple, en 2008, Déby est confronté à une des plus graves crises de son règne. Les rebelles qui appartiennent à sa propre famille sont dirigés par ses neveux les jumeaux Tim et Tom Erdimi respectivement anciens directeur et chef de cabinet de Déby. Alors que tout le pays et N'Djamena sont sous le contrôle de la rébellion. L'assaut final est lancé contre le palais rose, la présidence du Tchad. Les soldats français tentent d'évacuer Déby qui leur répondra sentencieux: « il y a ici à N'Djamena un marché qu'on appelle 'Hissen a fui', il n'y aura pas de marché 'idriss a fui', je préfère mourir parmi mes soldats ». Les forces tchadiennes appuyées par des blindés finissent par dérouter les rebelles. 


C'est donc un homme au courage éprouvé qui meurt. Lui succède au mépris d'une constitution pourtant adoptée en décembre 2020 le général de corps d'armées Mahamat Idriss Déby, copie conforme de son père finalement préféré au civil Zakaria Idriss Déby, général depuis l'âge de 29 ans, commandant de la garde présidentielle ayant fait ses armes au Tchad et au Mali. L'épilogue (?) de ce règne achève de montrer qu'au bord du lac Tchad seule la force armée, la violence brute est source de légitimité.


DÉBY EST MORT VIVE DÉBY...