Parvenir à une couverture universelle en haut débit constitue un jalon important dans la réalisation d’objectifs de développement plus larges tels que la croissance économique et l’inclusion sociale.  À ce jour, environ 10 % de la population mondiale ne dispose pas d’une couverture mobile satisfaisante (GSMA, 2019). Par ailleurs, le raccordement de ces zones sur une base commercialement viable devra faire l’objet de choix politiques judicieux afin d’inciter à l’investissement. 


Dans le cadre de nouveaux travaux (a), la Banque mondiale a élaboré un modèle qui quantifie le coût de la fourniture d’un accès universel à des infrastructures haut débit dans les pays en développement, en évaluant la viabilité de différents choix politiques stratégiques visant le déploiement des réseaux 4G et 5G. Cette méthodologie suit trois étapes. La première consiste à réunir au sein de groupes comparables des pays aux caractéristiques voisines en matière de haut débit (côté demande et côté offre). Lors de la deuxième étape, afin de tester l’incidence de différents choix, on applique à un échantillon de pays représentatif de chaque groupe un modèle d’évaluation de l’implantation de la 4G et de la 5G capable de simuler des stratégies de déploiement. Troisième et dernière étape, le coût par habitant pour les pays modélisés est généralisé aux pays de chaque groupe, selon leur population. 


Diversité de scénarios et de stratégies : une combinaison de technologies mobiles, de modèles commerciaux et de choix politiques 

Cette modélisation a vu le jour afin d’estimer le coût de base nécessaire à la mise en place du haut débit pour les pays étudiés. Les effets de diverses stratégies politiques sont calculés sur la base de trois critères : le type de technologie mobile, le degré de partage des infrastructures et la tarification du spectre radioélectrique. Pour ce qui relève de la technologie mobile, l’estimation prend en compte trois grandes technologies cellulaires, chacune permettant des usages différents : la 4G, la 5G NSA (un mode de déploiement qui s'appuie sur les installations existantes) et la 5G SA (un réseau qui dispose de ses propres installations). Deux technologies de raccordement (ou backhaul) ont par ailleurs été testées pour les 4G et 5G, la fibre optique fixe (F) ou le sans-fil (W).  Pour l’aspect réglementaire, le modèle prend en compte diverses options de partage des infrastructures : de la construction par chaque opérateur de son propre réseau au partage total des installations passives et actives. Enfin, le modèle évalue l’impact de diverses stratégies de tarification du spectre sur le coût d’un accès universel au haut débit. 


Quelle est la stratégie la plus rentable pour atteindre le haut débit ? 

Les résultats varient considérablement selon les pays où la modélisation est réalisée, en fonction du PIB par habitant, de la densité de population et de la couverture 4G disponible. En premier lieu, la capacité par utilisateur souhaitée pèse beaucoup dans le coût total de la mise en place du haut débit universel, avec d’importantes variations dans les trois scénarios.  Deuxième constat : les résultats que nous obtenons indiquent que dans la plupart des pays (à l’exception du Malawi et de l’Ouganda), une seule technologie semble la mieux adaptée pour atteindre le haut débit universel. Les deux technologies qui apparaissent les plus rentables selon les pays sont la 4G ou la 5G NSA, les deux options reposant sur le backhaul sans fil (le backhaul fixe par fibre optique renchérit généralement l’investissement demandé).


Figure 1 : Investissement par pays pour la 5G NSA (sans-fil) en pourcentage du PIB 


Troisième point saillant : les résultats tendent à recommander un passage direct à la 5G NSA dans les pays où les infrastructures de télécommunications sont peu développées. Au Malawi et en Ouganda (où la couverture 4G se situe entre 15 et 30 %), par exemple, la différence de coût peut osciller entre 200 et 400 % selon les options technologiques retenues. Pour l’Albanie et le Mexique (où la couverture 4G s’élève entre 85 et 95 %), cet écart peut atteindre 1 000 %, en raison du niveau actuel d’investissement dans la 4G. Reste à savoir si les utilisateurs pourront avoir accès à des combinés 5G à un prix abordable.


Figure 2 : Technologie la moins chère par pays



Quel coût pour le haut débit universel ? 

Nous estimons que le coût social de base (coûts privés plus coût des subventions publiques net des recettes fiscales tirées du secteur) du haut débit universel pour l’ensemble des pays en développement représente un investissement de 520 milliards de dollars pour la 4G et de 940 milliards de dollars pour la 5G NSA sur les dix prochaines années (soit une part annuelle du PIB de respectivement 0,17 % et 0,31 % sur dix ans). Ces montants équivalent à une capacité minimale par utilisateur dans les zones urbaines, périurbaines et rurales (jusqu’à 25, 10 et 2 Mb/s, respectivement).  Pour atteindre l’objectif de la Commission sur le haut débit des Nations unies, notre estimation passe à 1 600 milliards de dollars pour la 4G et à 1 700 milliards de dollars pour la 5G NSA, soit environ 0,5 % et 0,6 % du PIB annuel des pays en développement sur la prochaine décennie. Ces chiffres correspondent aux exigences minimales en matière de capacité pour les zones urbaines, périurbaines et rurales (jusqu’à 400, 100 et 10 Mb/s, respectivement). 


Les politiques publiques peuvent favoriser la mise en place du haut débit universel 

Les choix des pouvoirs publics peuvent largement réduire le coût de la mise en place du haut débit universel, en améliorant sa viabilité commerciale, ce qui permet d’éviter (ou du moins de diminuer) le subventionnement des zones non viables. Pour chacun des deux scénarios technologiques les plus plausibles, la 4G sans-fil et la 5G NSA, l’instauration d’un cadre réglementaire favorable au partage des infrastructures devrait réduire le coût social de mise en place du haut débit universel de 15 à 72 % environ (les réseaux partagés en milieu rural offrant la plus grande réduction de coût).


Figure 3. Coût social avec différents modes de partage des infrastructures pour la technologie 5G NSA (sans-fil) (VAN 2020-2030)




Si l’accroissement des recettes tirées du spectre peut tenter les États, nos travaux indiquent qu’en réalité le coût du haut débit universel pour la collectivité s’en trouve renchéri. Par ailleurs, dans les économies moins développées, où une couverture universelle risque de ne pas être viable sur le plan commercial et où des subventions publiques sont nécessaires pour garantir cette viabilité, une tarification accrue du spectre n’a aucun impact net sur les recettes publiques : elle se traduit tout simplement par l’obligation de subventionner les zones non viables, et ce, au dollar près. 

NICCOLÒ COMINI EDWARD OUGHTON VIVIEN FOSTER