Le 17 juin dernier devant ses partisans, Laurent Gbagbo avait prévenu : "je suis venu pour reprendre le combat", indiquant ainsi son ambition de continuer à jouer un rôle majeur dans la politique ivoirienne et de mener les troupes de gauche dans la bataille politique. Après les retrouvailles familiales, la visite au Président Bédié et au Président de la République, Alassane Ouattara, il était temps de se consacrer au "combat". C’est à ce titre qu’il a réuni ses partisans hier 9 août 2021 en leur demandant la création d’un nouveau parti, un nouvel instrument qui serait son rouleau compresseur dans pour les batailles à venir. Quels sont les enjeux d’une telle décision ? Quelles conséquences sur la vie politique ivoirienne ?   


L’expression rouleau compresseur s’est militarisée avec les victoires de l’armée rouge sur le front Est durant la Seconde Guerre mondiale. Elle symbolisait sa puissance et rappelle la nécessité d’un outil performant pour gagner une guerre. En historien et politique, Laurent Gbagbo le sait mieux que quiconque, "reprendre le combat" impose un rouleau compresseur au service de ses idées et de ses victoires. Le FPI qui lui servait d’instrument jusqu’à présent est aux mains de Pascal Affi N’Guessan. Plutôt que d’engager des négociations – il a jugé les premières humiliantes accusant Affi de vouloir le confiner à un titre de Président honorifique – politiques ou un bras de fer – qui pourrait être long et périlleux – juridique Gbagbo a décidé de « contourner la petite pierre » Affi qui le détourne de son objectif en créant un nouveau parti politique.


Si la manœuvre n’est pas nouvelle – il suffit de regarder le RPF qui est devenu RPR puis UMP et aujourd’hui LR – elle peut paraître incompréhensible. En effet, il était sans doute plus aisé pour Laurent Gbagbo de réunir autour de sa personne et dans un même parti l’ensemble du peuple de gauche avec Affi, Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé voire Mamadou Koulibaly. Cela aurait donné plus de poids et de cohésion à la gauche et aurait sans doute donné plus de crédit à son engagement pour la Réconciliation nationale. Comment quelqu’un qui n’arrive pas à réconcilier sa famille peut-il contribuer à réconcilier son village ? D’ailleurs Affi N’Guessan n’a pas manqué de le rappeler dans sa réaction fustigeant une "décision dictée essentiellement par la soif du pouvoir et la volonté de revanche".


Qu’à cela ne tienne, Laurent Gbagbo n’envisage pas céder au chantage de la légalité et du logo. Pour lui, cette bataille est secondaire vu qu’en dépit d’une décennie d’absence, il reste le maître incontestable de l’électorat de gauche. Il doit relancer la machine et tant mieux s’il peut se débarrasser d’un FPI qui rappelle les pires moments de la guerre – propos acerbes et souvent xénophobes, corruption, mauvaise campagne – et remettre au cœur du débat et de l’imagerie populaire les ingrédients de gauche – décentralisation, lutte contre la pauvreté, gratuité de l’école et des soins et aujourd’hui climat – qui ont fait le charme de l’opposant Gbagbo.


De plus, les missions d’information sur le terrain, la préparation du congrès constitutif sont autant d’éléments qui serviront à mobiliser les militants et la création des instances une aubaine pour les jeunes cadres qui sont restés fidèles au parti, une façon de leur donner plus de responsabilité et de mobiliser dans l’optique de 2025. Laurent Gbagbo a, en outre, l’opportunité d’être le leader de ce parti.


Cela dit, l’équation pose des problèmes. Le premier, c’est Simone Gbagbo. Même s’il a cité à deux reprises son nom hier, sa position dans la structure du nouveau parti sera épiée et analysée. Va-t-il tenter de réduire son influence ou composer avec elle ? ensuite, va-t-il vouloir intégrer Blé Goudé et Koulibaly ? Le parti va-t-il continuer son ouverture avec le PDCI, parti de droite ou va-t-il préférer un ancrage idéologique fort ? Autant de questions que le prochain congrès va trancher ou nous permettre de savoir.


En définitive, Laurent Gbagbo ouvre son agenda politique avec un nouvel instrument. Mais la bataille ne sera pas simple. Le RHDP semble si préparer et le PDCI, toujours en embuscade, espère revenir au pouvoir en 2025. Le nouveau parti doit être solide, structuré et conquérant pour devenir le nouveau rouleau compresseur.