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Le Yaka-Yaka, cette danse ressuscitée qui frappe aux portes du patrimoine culturel mondial de l’UNESCO

Publié le 9 juin 2022 à 16:28 Modifié le 29 sept. 2022 à 13:57

  • Le Yaka-Yaka, cette danse ressuscitée qui frappe aux portes du patrimoine culturel mondial de l’UNESCO

Le Yaka-Yaka est une danse mystique en pays Kamara, peuple de la région du Bounkani (Nord-Est ivoirien), dont la pratique a été progressivement abandonnée au fil des ans du fait de la pratique religieuse de l’Islam. Elle a été révélée 30 ans plus tard à la faveur d’un festival au cours duquel les participants ont été séduits par sa spécificité et son originalité. Son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO est en cours d’étude.

Retour sur les péripéties de cette danse qui suscite tant de curiosité et d’admiration et dont l’incroyable retour sur scène après plusieurs décennies d’absence demeure à ce jour le plus grand phénomène culturel de la région du Bounkani.

Le Yaka-Yaka originel et son déclin au milieu des années 80

Appelé à l’origine ”Ban-Kpièra” qui signifie littéralement en langue Kamara ”connaître avant d’entrer”, le Yaka-Yaka est une danse funéraire exclusivement exécutée par les initiés (hommes et rarement des femmes) lors du décès d’un patriarche. Selon le doyen Kassoum Kamara, la danse était exécutée dès le premier jour de l’enterrement du défunt patriarche, à partir de la tombée du soleil et se poursuivait sur sept jours. Munis de baguettes de bois, les initiés esquissaient avec dextérité les pas du Yaka-Yaka chaque soir. Les bâtons ou baguettes de bois utilisés provenaient d’un arbuste appelé ”Zabracoh”.

Au septième jour, les danseurs quittaient le lieu de danse, pour se rendre dans un lieu dont eux seuls ont le secret et y laissent les baguettes avant de retourner au village, signe de levée de deuil. Sur le chemin du retour, ceux-ci devraient courir sans regarder en arrière et prendre garde à ne pas tomber car un grand malheur s’abattait toujours sur celui qui trébuchait et tombait en cours de route.

Les danseurs du Yaka-Yaka étaient donc des personnes qui étaient conscientes de leur rôle dans la société Kamara et des interdits qu’ils ne devaient pas franchir.

Du fait du modernisme et de la propension de l’Islam, la communauté Kamara va progressivement abandonner cette danse majeure de son patrimoine.

En effet, les gardiens de la tradition expliquent qu’avec l’évolution de l’Islam, de nombreux patriarches convertis à cette religion ne voyaient plus l’utilité de cette danse pour leurs funérailles, parce qu’ils jugent cela contraire aux pratiques recommandées par le Coran.

Le désintérêt pour le Yaka-Yaka a donc commencé à prendre forme et à envahir la communauté Kamara. La dernière apparition véritable du Yaka-Yaka remonte au milieu des années 80.

Depuis lors, cette communauté n’avait plus de danse authentique véritable à démontrer au cours de grandes cérémonies, un véritable handicap culturel pour les hommes et femmes de ce groupe ethnique. Les danses des autres communautés telles que le Bouri en pays Lobi et le Kroubi en pays Malinké étaient les danses fièrement exhibées et qui valorisaient ces deux groupes ethniques.

Ainsi, la communauté Kamara, faute de danse notable, a été donc depuis les années 80 mise sous l’éteignoir.

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